Category: Ecrits

PAR LA VOIE DES AIRS

LA VOIE DES AIRS

Latitude et longitude. Changer d’air et d’altitude. Changer d’ère et d’attitude.

Je suis depuis quelques temps, sédentaire, les mots et images me font voyager. L’oiseau est une invitation à s’élever, à passer au-dessus de bien des choses. Voici des extraits d’un carnet de voyages fictifs autour du globe, à suivre les oiseaux. Des observations personnelles, mais aussi des rencontres culturelles, livres, articles, travaux d’artistes, amateurs passionnés, scientifiques …les pensées s’éparpillent puis se regroupent jusqu’à trouver une cohèrence. Les oiseaux c’est un paysage sonore qui nous échappe par habitude, fondu dans un décor faussement familier. Un indicateur comme le reste du monde sauvage de notre bonne santé, d’un environnement de moins en moins intègre et qui semble promettre d’être de plus en plus hostile. Un contexte particulier où les oiseaux à l’instar de bien des espèces,  finissent par briller par leur absence.

Technique mixte : Dessins /Aquarelle, encre, feutre. Tirage unique sur papier de soie recyclé. Format 29,7 x42 cm.

La curiosité est la source de tous les voyages.

BERNACHES DU CANADA : Une histoire de laisser-passer

« Ils disent « migrer » mais en vérité nous voyageons, ils disent « route » et ce n’est que de l’air. Nous voyons tout, ils ne voient rien, En bas, toujours, ils mordent la poussière des lignes artificielles dessinées de leurs mains. »

Les oiseaux migrateurs n’ont cure des frontières, les humains si.

Ils partent ou reviennent pour le meilleur et pour le pire ainsi que les humains.

Coord. 33°48’18 »N 106°52’52 »W – BOSQUE DEL APACHE / NOUVEAU MEXIQUE

Ces rescapées de chasses faciles, prospèrent de nos jours. Tellement que leur capacité d’adaptation à notre monde moderne, y compris en zone urbaine, fait que certaines renoncent à leur périple, gagnant alors en espérance de vie. L’ironie c’est que cette adaptabilité en fait un oiseau considéré comme invasif dans certaines régions. Intéressant parallèle avec nos flux migratoires humains. La même ambivalence à vouloir sauver, accueillir et protéger pour ensuite décréter une nuisance.

Pour découvrir l’histoire édifiante d’une bernache : https://www.nationalgeographic.fr/animaux/pourquoi-les-bernaches-canada-sont-elles-de-moins-en-moins-nombreuses-a-migrer

La question humaine : https://journals.openedition.org/hommesmigrations/1511?lang=es

PIGEONS BIZET

PIGEONS BISET

6H30, un matin fatigué sous un ciel barbouillé, une envolée vue du belvédère, un souvenir diffus, une séquence de ciné. Le vieil homme tout en bas, petit point et myriade…Il est difficile d’être un oiseau en ville.

Les rêves ordinaires naissent et meurent, bousculés dans les rues. D’un rien effarouchés, dispersés dans les nues. Nourris au pain, nourris au grain, espoirs du jour et espoirs vains. Soyeux battement des cœurs fébriles, pigeons d’argile…La ville est triste , nos vies fragiles..

Coord. 48°51’38 »N 2°21’08 »E – CENTRE POMPIDOU – FRANCE

Quelque part du coté du centre Pompidou, vivait un homme Guiseppe Belvedere. Un illustre inconnu qui semble-t-il souleva des passions. Cela ressemble à un conte intemporel et édifiant, chargé de symboles et sans doute de morale. Un conte de liberté. Il était une fois, un homme et des oiseaux. Un homme qui ne respectait pas la norme et des oiseaux honnis accusé de tous les maux, un lien étrange, des manières différentes d’être en marge, et même au ban de la société.

Pour ma part, j’ai apprécié l’histoire et le regards de certains qui racontaient le peu qu’ils en savaient.

Je vous invite à aller voir un article sur l’excellent blog / histoires de photographie de CushmoK, artiste plasticien et photographe à propos de l’histoire de Giuseppe Belvedere, l’homme aux oiseaux. 

 

ETOURNEAUX SANSONNET

« Nous, peuple ailé sans frontière sur notre invisible route, nous vous voyons, multitudes agitées et guerrières, fascinées par nos murmurations. Soyez un pour les autres, dansez et chantez sur la terre. Brillez ensemble, levez les yeux vers le ciel, nous vous voyons. »

Coord. 31°21’48 » N 34°44’56 »E – RAHAT – Néguev – ISRAËL

Article : Menahem Kahana

https://making-of.afp.com/ballet-detourneaux-dans-le-ciel-du-neguev

J’ai toujours eu une difficulté à faire coïncider mon idéal humaniste avec mon humanité. La localisation de cette ville, Rahat, la spécificité de sa population, une histoire et un contexte particuliers qu’il ne m’appartient pas de commenter, tout à cet endroit est porteur de symboles, tout m’a touché à propos des différentes informations auxquelles j’ai eu accès.

GRAND CORBEAU

« Je suis mes vies passées, j’ai vu, je sais et j’ai compris, ni dieu, ni diable, et point de maître, la vie n’est rien sans la magie. Le cercle s’ouvre, l’oiseau s’envole vers l’autre monde où tout guérit. Je vois, je sais et j’ai saisi le vent, la pierre et l’inconstance des hommes. Je rêve un jour, je rêve une nuit et l’existence en est la somme. »

Coord. 59°53’58 »N 17°37’54 »E – GAMLA UPPSALA CHURCH – SUEDE

Hugin et Munin

Les oiseaux d’Odin dans la mythologie nordique. Le premier porteur de la réflexion et le second de la mémoire. Les deux oiseaux étaient informateurs et conseillers du Dieu, parcourant le monde, ils revenaient chaque soir rendre compte de son état à leur maître.

Mal considérés, ces oiseaux souvent qualifiés de très intelligents, suscitent à cause de cette dernière la méfiance des hommes. Ils sont emblématiques dans la culture chrétienne des forces occultes et malfaisantes là où d’autres les ont honorés de vertus de protection contre le mauvais sort, ou l’ont vu comme un médiateur entre la vie et la mort, un passeur d’âme ou même un sage.

Aujourd’hui, dans un monde engorgé par l’information,trop souvent ridicule, trompeuse, étouffante ou manipulatrice, je choisirais ces oiseaux comme un rappel à l’ordre sur la vacuité de nos existences, et de l’importance de la pensée et de l’analyse.

Les anciens symboles portent des valeurs transposables de nos jours.

A une époque où tout se mélange, où déceler le vrai devient difficile voir impossible , tant une nouvelle chasse l’autre sans qu’aucune n’ait le temps d’être digérée, déjà obsolescente à peine diffusée, on pourra aisément y ajouter cette dimension de mauvaise augure. L’oiseau charognard se délectera de ces déchets médiatiques en nous regardant d’un œil ironique. Nous incapables de maîtriser notre avenir et tellement en recherche de le prédire.

OIE DES NEIGES

« Je poserai mon souffle là où le soleil ne se lève pas. Ces neiges sont les dernières et je ne les suivrai pas. Un rêve m’ouvre la voie et je n’ai qu’à le vivre, sur la terre des vrais hommes et les cieux des oiseaux libres. »

Coord. 75°42’54 »N 98°38’20 »W – POLAR BEAR PASS – Île de Balthurst – Qausuittuq

Un livre : Gérald BARIL – Si loin si près les oies blanches – Récit d’une migration intérieure

https://www.ledevoir.com/lire/583708/essais-quebecois-au-fil-de-la-plume

FAISAN DE COLCHIDE

« Un bijou familier rapporté de L’Asie, phénix de campagne, errant sur les chemins. Renaissant de ses cendres, encore et encore, pour un même spectacle, pareille tragédie, vivre libre vaut de l’or. Une saison au théâtre et un cycle sans fin. »

Coord. 41°22’51 »N 45°43’45 »E – Iori Managed Reserve – GEORGIE – Quelque part en lisière de forêt…

Emblématique de la cruauté des hommes. Perversité même, pour peu qu’on s’intéresse à l ‘élevage du gibier destiné à satisfaire des appétits qui n’ont rien à voir avec la chasse. Détention atroce pour la reproduction en captivité, puis parcs « d’élevage » dans lesquels croupissent des volatiles qui n’ont plus rien de leur identité, pas plus que des poulets déguisés en paons. Et même, bien que cette reproduction artificielle soit intensive et rodée en business, il semblerait, comble de l’absurde qu’il faille le réintroduire pour le rendre, pour de vrai, à son état sauvage. Une indignité, parmi d’autres, qui n’appartient qu’à l’espèce humaine.

https://www.wpa-france-galliformes.com/faisan-du-sud-du-caucase

CYGNES CHANTEURS

« Du bout du monde qui n’en a pas, le vent glacial qu’on ne craint pas. Tous les départs sont des retours sur l’eau tranquille au point du jour. »

Coord.  43°36’00 »N 145°17’27 »E – Péninsule de NOTSUKE – JAPON

Un livre : Claude et Frédéric Clément – Le peintre et les cygnes sauvages

https://unebellefacon.wordpress.com/wp-content/uploads/2014/02/le-peintre-et-les-cygnes-sauvages.pdf

HERON BLANC / GRANDE AIGRETTE

« Tout ne mérite pas de s’y poser pour y perdre des plumes. Pars d’où le vent vient et disperse la brume, il faut rester léger. Les pluies sont passagères, la terre brouillée, les eaux se mêlent. L’oiseau est aligné, la voie sereine. »

Coord. 43°20’37 »N 4°48’51 »E – Non loin de l’embouchure du Rhône – Vers le Trou des Gabians. FRANCE

Le chemin des eaux est compliqué, facilement corrompu. Un delta considéré dans l’antiquité comme la porte des enfers. Un délice en somme à pouvoir survoler. La Camargue, je l’idéalise une fois pour toutes, taureaux noirs, chevaux blancs et des oiseaux d’eau. Avec une imprécision constante entre l’eau et la terre. Le héron blanc (Grande aigrette) c’est un symbole de recherche de soi. Être suspendu en vol, entre terre, eau et ciel, en un vol lent et mesuré, est une situation pertinente pour y parvenir et sûrement idéale pour survoler les enfers.

 

MARTIN-PÊCHEUR

« Marchant pieds-nus dans la rivière, nous souvenir du bon vieux temps. Les yeux plissés pour s’ajuster à la lumière, vives illusions, bal d’éphémères. Les eaux si fraîches, soleil de plomb et pas de vent. Néon turquoise, un trait pailleté… A l’oiseau-fée qui nous surprend. A nos amours, à ta santé, à l’ombre émeraude et à l’été. L’instant présent. »

Coord. 46°20’98 »N 2°04’45 »E – La Petite Creuse, un méandre sur la rivière –                                            Moulin de Freiteix / Bétête – FRANCE

https://aves.natagora.be/fileadmin/Aves/Bulletins/Articles/48_2/Libois_Martin-pecheur.pdf

https://www.wwf.fr/sites/default/files/doc-2024-05/rapport-riviere-vivante-WWF-2024.pdf

ROITELET HUPPE

« Se pourrait-il qu’un jour, le silence installé, nous recherchions en vain dans un paysage muet, les accords aériens ignorés hier, les airs si familiers…Que nous tombions en prières, fervent repentis aux regrets inutiles ? Se pourrait-il que trop tard nous pleurions trilles, vibratos, symphonies et chansons ? »

La première fois que j’en ai vu un, il était figé sur la neige qui poudrait un muret. Mon dernier hiver vraiment froid à ce jour en Creuse. Une nature morte ironique, sachant que ce passereau mort de froid aurait apporté le feu aux hommes. Petit roi pour les uns , druide, fée , diable pour d’autres, chassé , sacrifié pour différentes raisons, on peut s’étonner des divergences symboliques de cette petite créature.

Coord. 52°48’04.5 » N 6°11’17.7 »W – Bois de Glenart – Wicklow – IRLANDE 

https://www.irishbirding.com/birds/web/Display/sighting/117653/Firecrest.html

Un homme inspirant à découvrir : Sean Ronayne – https://x.com/ronayne88?lang=fr

A écouter : https://irishwildlifesounds.bandcamp.com/album/wild-silence

Il n’y a évidemment pas de permanence dans la nature, et l’équilibre n’est jamais linéaire. Mais aujourd’hui, à l’échelle qui nous concerne, une vie humaine, les mutations environnementales sont rapides et violentes. Pour la majorité provoquées par nos actions et modes de vie, elle s’ajoutent de façon excessive à des aléas sans doute naturels et imprévisibles, de ceux que nous ne pouvons maîtriser. Le fait est que le rythme de ces mutations est bien trop soudain, suffisamment pour que nous ne puissions, toujours à notre échelle, en mesurer les ravages. Nous confondons souvent adaptation et contrôle. Nous façonnons le monde suivant nos besoins réels ou non, ceci n’est pas s’adapter. Nous ne connaissons rien de la plupart des créatures qui nous entourent. Et même, malgré la science, nous continuons trop souvent à propager superstitions, a priori et même mensonges sur des espèces que nous jugeons inférieures. « Se pourrait-il » que nous soyons sur le seuil de recevoir l’ultime leçon ?

...vue(s) de terre.

Les leçons données par que nous pensons données par les oiseaux, ces innombrales images et symboles qui nous revoient trop souvent à notre difficulté à nous élever sur le plan spirituel. Que nous ayons réussis à nous affranchir de la pesanteur de notre condition, les pieds rivés au sol, la tête tournée vers le ciel , défiant les lois de la physique , mais pouvons nous réellement échapper à celles de notre nature.

LES GOELANDS - Bas-Relief / Technique mixte -42x29,5

« Nous ne choisissons le prochain monde où nous vivrons qu’en fonction de ce que nous apprenons dans celui-ci. N’apprenons rien et le prochain monde sera identique, avec les mêmes poids morts à soulever, les même interdits à combattre… » – Jonathan Livingston le goèland- Richard BACH

COQ - Bas-Relief / Technique mixte -42x29,5

 LA BARRICADE

Être vigilant en toutes choses, de ces choses qui mettent à mal la liberté et la dignité. Dresser des barricades et contre toute attente, en dépit d’une origine jugée commune, d’un statut ordinaire, faire face et se battre.

HIRONDELLES - Bas-Relief / Technique mixte -42x29,5

SUR LE FIL

Ou alors, partir…Rester tant que la saison est belle, tant que la vie suit la vie sans que rien ne vienne briser son cours. Partir lorsque vivre devient dur, partir pour être heureux et tenter ailleurs la chance.

FAUCON - Bas-Relief / Tehnique mixte -42x29,5

MAÎTRISE

Il faut choisir ses combats. prendre de la hauteur et gagner en recul. Stratégie et tactique pour maîtriser ses passions, s’assurer de la pertinence et de la légitimité de ses objectifs. Mais d’abord, agir en conscience sans renier sa nature.

COLOMBE - Technique mixte -42x29,5

PAIX

Parfois, il faut laisser mourir, lutter ne sert à rien. Il n’y a ni renoncement, ni dépit, ni regret, peut-être juste cette douleur qu’on voudrait éternelle pour s’assurer de ne rien oublier de ce que l’on voulait immuable. 

ROUGE-GORGE - Bas-Relief / Technique mixte -42x29,5

« Ne cherche pas – savoir est interdit – pour moi, pour toi, quelle fin les dieux ont ordonnée, Leuconoé, ni ne te risque aux calculs babyloniens. Mieux vaut prendre les choses comme elles viendront. Que Jupiter t’ait accordé de plus nombreux hivers ou que celui-ci soit le dernier, qui épuise à l’assaut de ces rochers usés la mer Tyrrhénienne, avec sagesse, filtre ton vin, taille à la mesure de l’instant la durée de ton espérance. Nous parlons et voici jaloux que le temps a fui. Cueille le jour, ne fais pas crédit à demain. »  – Odes (chapitre I, 11) HORACE –