Category: Sculpture
EX-VOTO
Image de garde – HABEAS BONUM ITER – Fais un bon voyage – Métal repoussé , argile, papier de soie. Dim. cadre – 33×43 cm
« Mon âme est ma maison »
Par les temps difficiles, passée l’adversité, reste la gratitude.
Lorsque nous nous sentons démunis, faibles et en souffrance, il y a cette pensée magique que les plus cartésiens nomment intention et d’autres plus mystiques, vœu ou prière. C’est la part intime de l’individu au sein du collectif. Sa reconnaissance d’avoir échappé au pire, de s’en être remis ou d’avoir bénéficié d’une grâce, chance ou heureux hasard.
Les hommes sont féroces mais à genoux devant la fatalité ou le destin. Les plus rationnels, ou arrogants, c’est selon, feront fi de ce genre de considération. Ces voeux et remerciements, qu’ils soient vains ou non sont une preuve d’humilité. De l’offrande païenne, à l’artefact nourri d’une religion officielle, ce n’est qu’une reconnaissance de n’être que peu de chose face aux aléas de nos vies.
« Que les auspices soient bons »
Nos vies. Chacun puise à ses propres sources pour affronter la sienne.
Les ex-votos reviennent en force sur nos murs, symboles plus ou moins universels. Les tendances stylistiques d’une société ne sont jamais anodines. Un apport spirituel détourné pour son esthétique, dans un monde largement technologique, et qui, «mine de rien» fait s’interroger sur notre proximité réelle et assumée avec nos croyances. Croyances bien souvent relèguées au rang de vaines supertitions.
« Là où je suis »
Evidemment il est de bon ton pour les uns, d’affirmer qu’il n’y a pas d’autre issue hors nos propres capacités physiques et intellectuelles pour éviter, résoudre ou surmonter les difficultés.
Pour les autres, peu ou prou, solliciter une «aide» supplémentaire est bienvenue. Et lorsque les choses se passent bien, le sentiment d’avoir échappé au pire, d’avoir surmonté l’épreuve en bénéficiant d’une « grâce » est validé. La moindre des politesse est alors de reconnaître que notre absence de contrôle serait inféodée à quelques puissances surnaturelles. Peu importe qui nous remercions en notre for intérieur, le destin, un dieu, ou la chance. C’est accepter notre impuissance face à certains événements, mais sait-on jamais.
« La force d’affronter les courants contraires »
Si tout est écrit, rien n’est gravé dans le marbre. La sagesse populaire est aussi versatile que nos capacités à prévoir ce qui, par nature, est imprévisible. Autant de lieux communs pour laisser de la place au doute. ça ne coûte pas grand-chose, sinon rien
HORA FUGIT NE TARDES
« L’heure s’enfuit, ne t’attarde pas »
« A chaque ambition se lie une angoisse. Si je désire être heureux là où je suis, puisque le temps m’est compté, dois-je me satisfaire d’aujourd’hui et de rien d’autre ? Mais le malheur pourrait me prendre ici…et me poursuivre si je pars … »
« …alors, je cherche les signes, je les provoque peut-être. Je sais, et je veux tenir les antiques mémoires et anciens rites pour vérités. Je veux croire qu’enfin rallié à mon instinct, je saurai voir, tracer et suivre ma route. »
« Que mon instinct me guide »
Qu’il soit propriatoire, un voeu confié au bon vouloir d’une puissance supérieure, surérogatoire, en appui dudit voeu, suscepto, sorte de contrat entre le divin et soi-même pour atteindre l’objectif ou enfin, gratulatoire, en remerciement profondemment respectueux du voeu déjà exaucé, on pose l’intention, on l’ancre dans la magie de la foi.
Un objet très personnel qui, anonyme ou non rejoint une dimension collective. L’objet de l’incantation étant souvent universel.
« Répare mes blessures »
« Les souvenirs vivants et douleurs pétrifiées »
« Me connaître moi-même avant toute chose »
« Si ton chemin croisait le mien »
J’aime croire que la majorité d’entre nous aspire à l’essentiel, un foyer, des proches, des relations authentiques, un confort raisonnable. C’est ce que nous semblons tous prétendre à la veille de tout perdre.
» Puissions-nous boire à la fontaine »
Nous, famille, groupe, communauté…Une fois que nous nous sentons isolés dans le risque ou le malheur, alors il n’y a rien que nous aspirons plus à mettre en commun, la fragilité, la peur, espérant que celle qui nous appartient soit le ciment d’une structure protectrice.
L’ex-voto si intime, n’est-il pas déposé et rassemblés avec d’autres, dans des lieux communs de recueillement ?
Et que dire de notre appartenance à ce « Grand Tout », de cette si soudaine reconnaissance en cas de danger. De celle qui gomme nos différences, et qui met en avant le nécessaire pour le bien de tous.
« Ici et maintenant. Protègez notre Mère. »
Cependant, si la solidarité dans l’adversité est horizontale, la prière est verticale.
Et nos divins protecteurs sont culturellement désignés.
Dans ce monde nourrir est un acte politique. Plus que jamais, nous sommes les vassaux de l’industrie, de la science et de l’information. Et nous, nous nous sentons seuls et dispersés par la peur du manque, nous nous débattons pour notre souveraineté individuelle. Le voeu ultime est fait de revenir aux choses simples, et pourtant rien n’est plus compliqué parce que nous cherchons invariablement, en maudissant les autres et en espérant un salut très personnel, quelqu’un vers qui se tourner.
» Corps et âmes »
Les autres, perdus, ignorants, et superstitieux, se construisent une armure. D’autres qui ne partagent pas leurs blessures. D’autres qui tapissent leur murs d’un décor en vogue mais qui secrètement se les approprient. L’espoir est aussi vieux que l’Homme, l’injustice aussi. La maladie, la mort, et aussi, la culpabilité, le regret, les failles. il faut remédier à cela, on le peint, on le sculpte, on le martèle et on le charge en émotions. Si ça marche, tant mieux, si le destin s’acharne, c’est que le rationnel l’emporte.
« Les silences qui m’appatiennent »
Et moi, j’admets, par la force des choses, un peu des deux.
AMOR FATI – Aime ton destin
Et paradoxe…je voudrais qu’il n’y ait rien, pas d’explications fumeuses, pas de recours invisible. Juste un hasard scientifiquement prouvé. Quelle paix « romaine » , qui m’éviterait de me noyer dans des questions vaines.
ALTA ALATIS PATENT – Le ciel est ouvert à ceux qui ont des ailes.
« Et moi, errant dans mon chagrin, cherchant un écho dans la plaine, voulant t’entendre à tout prix. Je ne comprends rien. »
« Je me relève, je chute encore. Je n’espère rien d’autre qu’un nouvel effort. »
« Il m’appartient de choisir mes symboles et mes guides. »
« Pour ceux qui voient et ceux qui savent les nuits agitées et les jours sages. »
D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été reconnaissante de ce que la naissance m’a offert et de ce que j’ai pu obtenir par la suite. De façon très pratique, d’être née dans une société offrant quelques libertés, d’avoir un toit, d’être dotée d’une bonne constitution, mais aussi tout simplement d’avoir été jusqu’ici en mesure de faire face à tous les aléas qui ont ponctué mon existence. Mais sans doute que j’aurais pu aussi bien être satisfaite d’autre chose ailleurs. Entre ce que je crois savoir, et ce que j’aimerais croire, il y a l’humilité de l’incertitude.
Un événement m’a replongé dans une relecture existentielle de mon parcours, je lutte contre le besoin avide de donner un sens à tout.
L’ex-voto, c’est un peu comme les points de suspension qu’on peine à remplir dans certaines circonstances, parce que la logique ne suffit pas à justifier l’existence de certaines douleurs. Et le « c’est comme ça » est intolérable, sauf si je tourne le dos à ce que je ressens et il me semble que je me déshumanise. Ou alors, je joue, très premier degré, à ce jeu tragique et pervers qu’est vivre.
Mais, voilà, j’ai fait cette série pour souhaiter le meilleur dans le pire. j’ai juste montré une déférence envers l’incontrôlable, une politesse envers le destin, et sans doute du lyrisme dans l’insignifiance de mon existence.
– Aime et fais ce que tu veux -*
Note* : A propos de spiritualité, cette citation est « dévoyée » d’une citation de Saint Augustin. Il appartient à chacun d’approfondir… En ce qui me concerne, je la détourne volontairement. Considérant que la spiritualité est une affaire intime, on y met ce que l’on veut, on la nourrit, on la dompte ou on l’occulte suivant nos besoins et nul ne devrait souffrir de correction sur ce sujet, et surtout pas en « toute bienveillance ». Ni l’ amour du prochain, ni l’intérêt qu’on prétend lui porter ne devrait avoir d’emprise sur son monde intérieur, pour peu qu’il ne déborde pas sur celui de l’autre. La spiritualité devrait pouvoir être littéralement un bouillon de cultures pour les uns et un dogme pour les autres, soit, puisque cela leur convient. Je rejoins les premiers avec la liberté intellectuelle qui va avec. Quant à l’intention, ici je n’évoque que celle que nous avons pour nous même, qu’il nous appartient aussi de jauger par nos propres soins.
EX-VOTO
Série présentée lors de l’exposition collective …MATIERES & Poèsie – 03 au 26 JUILLET 2026.
EXPO THEMATIQUE – L’ART AU LAVOIR depuis 2021
Affiche ci-dessus : Conception graphique / Helen Burgoyne
EN 2021, une artiste graphiste Helen Burgoyne m’a invitée a participer à son initiative personnelle, une exposition en extérieur abritée dans le lavoir du village de Dun-le-Palestel (23800). Un principe simple, un artiste , un format carte postale, un thème imposé et une technique libre pour une oeuvre cédée à l’évènement. L’expérience, commencée petite, qui a suscité la curiosité du public et les participations spontanées d’artistes locaux et étrangers, est reconduite tous les ans. Cela montre tout l’intérêt de sortir des sentiers battus et que les initiatives indépendantes occupent une place de choix dans le paysage culturel.
EXPOSITION – août et septembre 2021 – L’EAU
« GIS LA LASTA GUTO » (Esperanto) Traduisez » C’était la dernière goutte « …
Une posture écologique qui invite évidemment au recyclage (Ici, chute de contreplaqué, reste d’argile, et déchet de CD). Des années de sècheresse qui dessinaient des crevasses dans la boue pétrifiée des points d’eau fantômes, la Creuse, le pays vert et bleu, n’était pas épargnée et nous savions que ce phénomène devenu répétitif prendrait en ampleur. Aucun discours ici n’est utile…de mon point de vue, si sobriété et raison prenaient le dessus sur nos comportements abusifs et prédateurs, il serait alors plus juste de parler de restriction financière individuelle que d’intelligence collective.
EXPOSITION juillet/ août 2022 – La TERRE
Les temps s’assombrissent il me semble, coupes rases, incendies…Les catastrophes écologiques s’enchaînent et des visions de cauchemar envahissent les médias. L’arbre est tout.
EXPOSITION juillet/ août 2023 – …LE FEU.
Je prends le pli de ce rendez-vous avec plaisir. En revenant sur mes 2 participations, je décide de faire de ces hasards artistiques un schéma de construction. Je conserverai une taille similaire et un support identique (les chutes ne manquent pas) pour exprimer mes « micro-manifestes »).
« UP TO YOU » ( Trad : A toi/vous de voir)
Encore cette inconstance individuelle versus discours (officiel) collectif qui me taraude. Nous arrivons à l’été, et les serpents de mer médiatiques ressortent en longues et pénibles litanies : feu de jardin, cigarette en forêt, BBQ sauvage,… et j’en passe sur la consommation de l’eau, …Faites, ne faites pas…du bon sens noyé dans l’infantilisation, de la prévention qui frôle la provocation pour un adulte qui se jugerait doté de quelques neurones. Prescriptions, injonctions, répressions ( vraiment?) baignant dans des exceptions, des privilèges, des passe-droits, on s’arrange, on argumente, on s’offusque… La relance estivale des scandales devant lesquels nous restons finalement figés. Le temps que nous n’avons plus nous presse…ça dépend de nous.
EXPOSITION juillet / août 2024 – L’AIR
Le dernier des 4 élements explorés.
« L’INVISIBLE ESSENTIEL à NOS VOEUX »
Ue déclaration d’amour volatile en référence à la citation d’Antoine de Saint-Exupéry extraite du Petit Prince « On ne voit bien qu’avec le coeur. L’essentiel est invisible pour les yeux ». J’ai abordé les expositions thématiques proposées par Helen Burgoyne sous l’angle de mon rapport personnel à l’environnement. Moi, pauvre créature, j’y projette ma survie physiologique mais pas uniquement. J’y mets aussi tout ce qui est idéal, impalbable. Les sentiments, l’âme, le lien au vivant. Rien de constant, tout y est mouvant, indéfinissable et sûrement spirituel. L’alchimie de l’oxygène, du vent, de la poèsie de l’air. Toutes ces choses invisibles et nécessaires qu’on aimerait protèger dans un flacon de verre, un échantillon salvateur à garder sur soi. Mais non…il faut qu’elles se diffusent, qu’elles emplissent tout l’espace disponible pour exister. Je fais le voeu qu’elles ne soient jamais viciées, afin que la vie continue à être respirable.
EXPOSITION juillet / août 2025 – TEMPS & ESPACE
La spontaneïté de l’exercice me plaît. Je suis toujours sur le fil du rasoir par manque de temps, justement. même format approchant d’une dimension de carte postale…L’espace dans ce sens est réduit.
INFINITUS est une figure anthropomorphe comme prise dans un linceul, les yeux clos, immobile et contrainte, mais certainement avec une vive et riche activité interieure, comme un rêve. Ce linceul est une plume, un symbole de spiritualité, de vérité et de justice à l’instar de Maât dans l’antique Egypte. Ordre et justice, présentés devant la roue du temps. Une croix sur le torse, 4 points cardinaux pour trouver sa juste place. Et un fil d’or, le tissage de l’existence et des expériences vécues, un entrelacs de rencontres et de leçons retenues ou non, le cheminement confus d’une vie dont on voudrait enfin comprendre le sens
EXPOSITION juillet / août 2026 – LE MONDE VEGETAL
« STONE & SEED »
J’ai choisi d’évoquer la résilience. Malheureux « hasard » d’une canicule qui devient récurrente. Autour de moi, ce n’est que terre argileuse fendue, herbes et feuilles brûlées. Ce qui s’accroche résiste encore.dans l’ombre brûlante des strates végétales épargnées par des humains avides du moindre mètre carré, de marquer leur territoire ou de gratter quelques sous. Et je sais de quoi je parle pour ne pas avoir cédé à la facilité.
« C’est l’été » bèlent les stupides, haussant les épaules en ricanant. Certes. Les imbèciles ont leur part de vérité, et aussi un manque de recul évident. Tant mieux pour eux, s’ils se retournaient, ils se verraient au bord du précipice.
« C’est l’enfer ». Ici, les promesses nourricières du printemps sont de moins en moins tenues, la nature du sol n’accepte pas ce climat violent, les excès de l’automne feront suite …et l’hiver est de moins en moins réparateur.
Voici une graine. Une graîne pétrifiée ou presque. L’ironie d’un vrai retour à la terre.